(Only in French this time)

Suite aux agissements d’un policier de Montréal envers un photographe, Martin Benoit s’est exprimé dans la liste d’envoie des photographes de la FPJQ. Avec son autorisation, je reproduis ici son pertinent commentaire.

Bonjour,

Je me nomme Martin Benoit et j'enseigne le cours de photojournalisme au département de photographie du cégep du Vieux Montréal.

Je suis très curieux de savoir ce qui va ressortir de la rencontre entre la FPJQ et la police.

Nous sommes dans une position délicate en tant que maison d'enseignement. Dans le passé j'ai eu une étudiante qui a fait une journée de prison pour avoir pris des photos demandées en classe lors du sommet des Amériques à Québec. Elle a aussi eut un procès et une amende de $14 000.00 pour entrave à la paix un an après les événements... Il m'a été difficile d'expliquer au juge mon erreur de jugement à son égard pour justifier son comportement (qui en passant n'avait rien d'inacceptable). Je ne parle pas du cas de Zahra Kazémi qui est une de nos ex-finissante.

J'ajoute de plus en plus de travaux à l'extérieur lors d'événements publics de grande ampleur. Nous avons reçu cette semaine les nouveaux critères du ministère de l'éducation pour ce qui a trait à l'enseignement de la photographie et on y trouve de plus en plus de compétences en photographie de reportage et d'événements sociaux.

Depuis un moment, je cherche des solutions pour que les étudiants puissent développer leur expertise en toute sécurité et sans nuire aux "vrais médias".
La ECNPA (Eastern Canada News Photographers Association) prévoit des cartes de membre en tant qu'étudiant en photojournalisme de même que la FPJQ et la NPPA (National Press Photographers Association). Je crois que la police ne va être que plus confuse avec tous ces gens qui ont des cartes de quelques natures...

Vous avez probablement remarqué que les grands mouvements étudiants ont maintenant leurs photographes "privés" qui font du bon travail photographique et simultanément des actes de "provocation"... Ceux qui ont vu l'extrait vidéo présenté à RDI lors du "beurrage" de Paul-André Bouchard (président de la FEUQ) jeudi soir dernier, ont remarqué un photographe qui simultanément "harcelait" Paul-André et ensuite se reculait pour photographier sa réaction... (c'est du moins l'impression que j'ai eue au visionnement du vidéo)

Ce "photographe" est un de nos finissants de l'an dernier qui se dévoue corps et âme à la cause de la CASSÉE. Il est toujours à la bonne place au bon moment comme par hasard...

Durant le dernier mois, j'ai couvert et envoyé mes étudiants couvrir divers aspects du mouvement étudiant et ça faisait longtemps que je n'avais senti tant d'hostilité envers les photographes de la part des manifestants.

Je crois que l'époque du "noble" photographe qui sert les intérêts de l'information publique est révolue dans la tête de beaucoup (police, population et manifestants inclus).

L'affaire Duclos et ses répercussions en sont un exemple. La dégradation du concept de Paparazzi en est un autre. Les films hollywoodiens qui présentent les photographes comme de vilains harceleurs et désinformateurs en sont un autre. La critique de l'"embedding" en IRAK et je pourrais continuer longtemps à donner des exemples que nous sommes sur un terrain glissant en terme de perception par la population et les autorités.

Si vous optez pour un brassard coloré et codé, il y aura toujours quelqu'un pour imiter un tel brassard. Et de plus, qui a "droit" de faire de la photo? Est-ce que les gens qui font des photos pour un grand quotidien sont plus en droit de photographier que celui qui fait des photos "partisanes" pour un petit journal dit Anarchiste?... Certains diront qu'avec la convergence des média on protège le droit à l'"information" pour ceux qui ont le pouvoir; je vous épargne tous les discours possibles autour de ces idées.

Je ne prends pas position ici, mais je ne fais que présenter certaines facettes de la complexité de la question et du problème que j'ai à régler et qui deviendra que de plus en plus complexe. La photographie est un organe important du pouvoir et comme tout organe puissant, c'est un combat de pouvoirs. Je dis toujours aux étudiants qu'avant d'être un photographe, on est d'abord et avant tout un citoyen.

Avez-vous des pistes à me suggérer?

Merci et bonne journée

Martin Benoit
Enseignant
Dpt de photographie
Cégep du Vieux Montréal